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L’indépendance sanitaire, nouveau défi pour la France.

Le 21 octobre, le G5 santé qui réunit les dirigeants de 5 entreprises françaises de santé (bioMérieux, Guerbet, Ipsen, LFB, Pierre Fabre, Sanofi, Servier, Théa) a présenté un rapport sur son empreinte sanitaire en France. L’enquête a été menée par le cabinet d’experts CareFactory et a pu être réalisée grâce aux bases de données de l’Assurance maladie. « Du fait de leur empreinte sanitaire et industrielle, les entreprises du G5 santé constituent un outil clé de renforcement de l'indépendance sanitaire. » Telle a été la conclusion du cabinet d’experts.

L’enquête a donc permis de montrer que l’utilisation des produits des entreprises du G5 santé était très fréquente dans la vie des français. En effet, 84% des patients ont eu recours à au moins un produit de ces 5 entreprises membres au cours de l’année 2018 et plus de la moitié ont bénéficié d’un de ces médicaments dans le cadre d’un traitement chronique d’au moins 6 mois. Ces entreprises fournissent donc des médicaments utilisés en première ligne dans le cadre de pathologies courantes comme le diabète ou encore certaines maladies coronariennes. Néanmoins, l’impact budgétaire de cette empreinte sanitaire représente moins de 20% des remboursements de l’Assurance maladie en valeur. C’est pourquoi ces entreprises plaident pour que des moyens leur soient accordés pour continuer de produire sur l’hexagone et ainsi rebâtir l’indépendance sanitaire de la France.


Cependant, dans les années 80 la France est devenue le premier pays producteur de médicaments au sein de l’Union Européenne suite à une politique en faveur de l’implantation d’usines au sein du territoire. Cette dernière est restée en tête jusqu’en 2007. Alors, comment expliquer le bilan qui a été dressé en fin d’année 2020, seulement 10 ans plus tard ? En effet, dès l’année 2014 la France est passée au 4ème rang loin derrière la Suisse, l’Allemagne et l’Italie. L’Irlande est même sur le point de nous dépasser. La production pharmaceutique française atteignait 25 milliards d’euros en 2009 contre seulement 21 milliards d’euros aujourd’hui.

Les trois premiers pays Européens cités au-dessus ont porté leur production à près de 30 milliards d’euros. La France aurait pu espérer atteindre un tel niveau par rapport aux besoins en médicaments qui ne cesse de croître ou grâce au vieillissement de la population. L’opportunité ratée a été évaluée à plus de 10 milliards d’euros par an ainsi que les milliers d’emplois stables qui seraient allés avec. La production française a en effet été délaissée au cours des dernières années. Entre 2012 et 2016, 282 nouveaux médicaments ont été autorisés en Europe dont 86 produits en Allemagne, 68 au Royaume-Uni pour seulement 21 en France.


Cette préoccupation est un vrai enjeu mais n’est cependant pas nouvelle. L’indépendance sanitaire qui consiste à relocaliser la production de matériel et de produits de santé sur notre territoire permettra à la France de maîtriser entièrement sa politique de santé publique notamment en termes d’accès aux innovations et de capacités de recherche et de développement. Celle-ci permettrait également de limiter les risques de rupture d’approvisionnement en localisant la production sur notre territoire. Les ruptures de stock déclarées à l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) ont été multipliées par 10 après 2008. En 2016, la Loi de modernisation du système de santé a permis la mise en place d’un plan de gestion des pénuries mais néanmoins certains médicaments essentiels demeurent régulièrement en rupture comme certains vaccins ou anticancéreux.

Les laboratoires français ont donc déjà entrepris certains changements à l’image de Sanofi qui a officialisé fin février la création d’une entité dédiée à la production et à la commercialisation de principes actifs à destination du marché français et européen. L’objectif du G5 santé est alors de suivre la même voie que le géant français. Les 5 entreprises membres se disent prêtes à diversifier les sources d’approvisionnements des principes actifs pour la fabrication des médicaments essentiels. Cependant, cela va être un « travail long et complexe » affirme Didier Véron le Président du G5 santé.


Didier Véron a cependant tempéré le débat en expliquant qu’il reste quelques modalités à préciser et que ce changement va impliquer certaines contreparties. En effet, les industriels attendent des garanties. Le G5 promeut donc plusieurs options pour un écosystème plus favorable : des mesures incitatives dans le futur accord-cadre, des mesures de régulation protectrices afin de réduire les délocalisations avec notamment le respect des délais de mise sur le marché pour les médicaments innovants avec une garantie de prix européen, des mesures d’attractivité et de compétitivité afin de favoriser l’implantation ainsi que des mesures favorables à l’organisation d’essais cliniques. Toutes ces mesures devraient permettre de renforcer l’indépendance sanitaire de la France.


De plus, la pandémie actuelle de la Covid-19 a permis de mettre en avant ce concept d’indépendance sanitaire. En effet, les tensions d’approvisionnement de masques et de respirateurs ou encore de certains anesthésiques au début de la pandémie ont prouvé que l’indépendance sanitaire était un défi avant tout stratégique. Le Président de la République a donc pris la décision de lancer une initiative de relocalisation dans le domaine de la production pharmaceutique et a promis une enveloppe de 200 millions d’euros afin de financer dès la création d’infrastructures de production. « Le gouvernement semble avoir pris conscience de cet enjeu et de ses conséquences directes. Nous discuterons prochainement des dispositions concrètes à mettre en œuvre pour inverser la tendance. La situation actuelle nous impose de reconstruire une filière intégrée pour les produits de santé, allant de la chimie fine aux solutions thérapeutiques les plus élaborées, y compris sur le plan technologique » a affirmé Didier Véron.

L’indépendance sanitaire et industrielle des laboratoires pharmaceutiques va donc contribuer à relancer la compétitivité et l’attractivité de la production de médicaments en France. La tendance actuelle pourrait donc bien être inversée dans les années à venir et la France pourrait de nouveau faire partie de la tête de liste au niveau Européen.


Manon RAILLARD


Sources : Servier, Assemblée Nationale, Pharmaceutiques, Egora

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